J’ai perdu deux entreprises au Mexique en six mois de Covid. Cinq salariés licenciés du jour au lendemain, des dizaines de milliers d’euros de matériel invendables, et zéro aide de l’État mexicain.
C’est de là que je suis partie pour construire mon activité SEO. Emmanuel de Vauxmoret m’a fait dérouler tout le parcours dans son podcast Et Toc SEO. Le visa mexicain, la faillite, la formation. Puis la sémantique, la gestion des petits budgets, et ce que LinkedIn a changé.
- Format
- Podcast
- Chez
- Et Toc SEO !
- Diffusé le
- 31 octobre 2024
- Durée
- 52 minutes
- Langue
- Français
- Lecture
- 8 min
L’essentiel en 5 points
- Une page vise une intention de recherche, pas un mot-clé. « Maigrir » et « perdre du poids » disent la même chose et se cannibalisent. « Perdre ses bourrelets » vise autre chose.
- L’IA prépare le terrain, elle ne rédige pas. Extraire les contenus concurrents et en tirer un plan, oui. « Rédige-moi 1 500 mots sur X », jamais, parce que ça sort plat et sans différenciation.
- Le link baiting reste une stratégie de contenu qui marche. Un article qui liste trente logiciels s’envoie aux trente éditeurs, et une bonne partie renvoie un lien.
- Refuser une mission fait partie du métier. Quelqu’un qui vend du zéro déchet sur des salons locaux n’a pas besoin de SEO. Le lui dire vaut mieux que de lui vendre une prestation.
- L’audience change la nature du métier. LinkedIn apporte la majorité des clients, permet de lancer des produits digitaux et ouvre des conférences, sans que ça demande une grosse communauté au départ.
Entreprendre au Mexique commence par un visa, pas par une idée
Je suis arrivée au Yucatán en 2019, à 400 kilomètres à l’ouest de Cancún. Dans cette région, un étranger qui veut vivre correctement n’a pas vraiment le choix, il faut entreprendre. Les salaires locaux ne suivent pas, et le coût de la vie monte chaque année.
Sauf qu’avec un visa touriste, tu n’as le droit ni d’entreprendre ni même de faire du bénévolat. Le visa d’investisseur demande de justifier une somme importante sur ton compte. Restent la résidence ou le visa de travail, avec leurs conditions.
Une fois ce papier obtenu, tout s’ouvre. Le numéro fiscal permet d’émettre des factures et d’embaucher, et créer une société devient simple. J’en ai ouvert plusieurs. Personne ne vient te brider sur tes idées.
Ce que j’ai vu de plus frappant, c’est pendant le Covid. Les entreprises fermaient par décision sanitaire, et les Mexicains se réinventaient en quelques jours. Quelqu’un qui vendait des tacos s’associait avec un garagiste. Le syndrome de l’imposteur n’existe pas là-bas.
La résilience se prépare avant l’échec, avec un scénario du pire
J’ai eu une entreprise physique avec cinq salariés, et des bureaux dans le quartier le plus prisé de la ville. À côté, une marque de décoration que j’expédiais vers l’Europe. Le Covid a fermé les deux. Six mois de salaires maintenus sans aucune rentrée, aucune subvention, et du matériel technique invendable.
Avant chaque projet, je me pose la même question. Au pire, qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que je peux toujours payer mon loyer, m’acheter des pâtes, retourner chez quelqu’un, trouver un travail alimentaire rapidement ? Savoir répondre à ça enlève presque toute la peur.
Je n’ai aucun orgueil mal placé là-dessus. S’il faut faire de la plonge le temps de se remettre debout, je le ferai. En France, on a une peur de l’échec et du regard des autres qui bloque beaucoup de gens. Les seuls qui critiquent sont ceux qui n’ont rien tenté, parce que ceux qui ont réussi savent à quel point c’est dur.
Une page vise une intention de recherche, jamais un mot-clé
La formule « une page, un mot-clé » est trop courte. Je dirais plutôt une page, une intention. Parce que « maigrir » et « perdre du poids » veulent dire la même chose. Deux pages distinctes sur ces requêtes vont se cannibaliser.
En revanche « perdre ses bourrelets » cible autre chose, avec une zone du corps précise. Toute la question devient donc : quand l’internaute tape ça, qu’est-ce qu’il veut lire ? Un guide, une liste, un pas-à-pas, un résumé de concept, une définition ?
La réponse vient de deux endroits. La discussion avec le client, qui connaît les questions que lui posent ses propres clients. Et la SERP, où les typologies de pages qui rankent reviennent toujours.
Avec une nuance sur les petites requêtes. Quand un mot-clé est peu recherché, Google n’a pas eu de quoi trouver la bonne réponse, et ce qui ressort n’est pas forcément pertinent. Si j’estime avoir mieux dans un autre format, j’y vais sans hésiter.
L’IA travaille la donnée en amont, l’humain écrit
J’utilise beaucoup l’IA et je ne lui délègue jamais complètement. C’est un excellent assistant, à traiter comme un stagiaire de troisième à qui tu dois tout expliquer.
Sur un sujet déjà très couvert, je vais extraire les contenus des concurrents et lui demander d’en tirer un plan. Ça n’a aucun intérêt d’être fait à la main, et elle le fait très bien.
Ce que je ne fais jamais, c’est « rédige-moi un article de 1 500 mots sur X ». Le résultat est plat et ne te différencie de personne. Alors je lui explique l’objectif du contenu et le site qui va l’accueillir. Les gens à qui il s’adresse, ce que font les concurrents, ce que je veux obtenir. On travaille ensemble.
Les définitions font exception, parce qu’une définition reste une définition et que je ne vais pas réinventer la roue. Mes clients sont plutôt petits, donc on se concentre sur des contenus vraiment qualitatifs sur des mots-clés business, pas sur du gros volume.
Le link baiting fabrique des backlinks avec du contenu
Le netlinking fait partie du travail, et le contenu peut le faire venir tout seul. C’est le principe du link baiting : écrire pour ceux qui vont poser un lien, pas pour ceux qui vont acheter le produit.
Un exemple concret. Un article qui liste trente logiciels sur un sujet donné, que tu envoies ensuite aux trente éditeurs. Beaucoup relaient. Les sites qui veulent parler des options disponibles sur ce sujet citent aussi la liste. Une infographie sympa augmente encore les chances.
Dire à un client qu’il n’a pas besoin de SEO fait partie du métier
Je n’ai aucune philosophie de vendre pour vendre. Beaucoup de gens ont entendu qu’il fallait absolument un site et un super SEO. Ils se sont formés à droite à gauche, et arrivent en me disant que ça n’a pas marché.
Parfois la réponse honnête est simple. Quelqu’un qui vend des produits zéro déchet sur des salons locaux n’a pas besoin d’un site travaillé au SEO. J’adore ce métier et je sais qu’il fonctionne très bien, mais pas pour tout le monde.
Sur les tout petits budgets, je travaille autrement. Un site de trois pages n’appelle pas un audit à plusieurs milliers d’euros. Je remets à plat ce qui existe, puis je passe en coaching. La personne repart avec une direction et évite les grosses erreurs toute seule.
L’audience apporte les clients que la prestation seule n’atteint pas
LinkedIn m’apporte la grande majorité de mes clients, et je n’avais pas une grosse audience au départ. Ça m’a permis de lancer des produits digitaux qui génèrent encore des revenus sans que j’y touche.
Le parallèle avec le SEO est direct. Un blog attire des gens intéressés par ce que tu fais, LinkedIn ou YouTube font pareil avec un autre mode de diffusion. Et personne ne te demande un droit d’entrée pour publier.
Ce que ça change au quotidien : mon temps n’est pas dédié à 100 % à la prestation. Deux gros clients en accompagnement long, quelques petits, et une grosse part de création de contenu. Conférences, podcasts, webinaires, formations, vidéos, newsletter. Une partie est rémunérée, l’autre développe la visibilité qui ramènera les prestations suivantes.
Le reste est une question d’organisation. Tout passe par Notion, du CRM au suivi de projet. Dès qu’une chose se fait plus de deux fois, j’en fais un modèle. Le carrousel des nouveautés que je publie chaque lundi sur LinkedIn me prend trente minutes, parce que tout est templatisé. La seule chose que je refuse de déléguer, c’est la veille du week-end qui l’alimente.
Ce qu’on retient de cet échange sur l’entrepreneuriat en SEO
Je ne me suis jamais sentie femme dans le SEO, je me suis sentie quelqu’un dans le SEO. J’ai déjà dit publiquement ma fatigue de la parité pour la parité. Je préfère être invitée pour un angle ou une expertise, pas pour remplir un quota.
Sur la formation, mon erreur a coûté huit mois. Une formation longue en rédaction web que j’aurais pu faire en une semaine. Je n’avais pas une idée claire de ce que je voulais faire de mes journées. Ce format convient très bien à qui veut exécuter des missions sans la pression de développer un business. Moi je voulais tester beaucoup de choses.
Et le SEO a fini par marcher assez vite, parce que je m’étais plantée souvent avant. Les projets abandonnés avant même d’être lancés, les side projects ratés, les deux entreprises fermées : c’est là que le temps a été investi.
Les citations à retenir
« Je ne dirais pas une page, un mot-clé. Je dirais une page, une intention de recherche. »Nelly Kempf, Et Toc SEO
« Je vois l’IA comme un stagiaire de troisième à qui tu dois tout expliquer. »Nelly Kempf, Et Toc SEO
« Le SEO, j’adore ça et je suis persuadée que ça fonctionne très bien, mais pas pour tout le monde. »Nelly Kempf, Et Toc SEO
« Il n’y a vraiment que les gens qui ne font rien qui vont te critiquer. »Nelly Kempf, Et Toc SEO
L’hôte et l’invitée
Emmanuel de Vauxmoret
Emmanuel de Vauxmoret est le fondateur d’Uplix, agence SEO spécialisée sur le référencement local et les réseaux d’enseignes. Il est passé par Fullsix, iProspect et Eskimoz avant de la lancer.
Il anime le podcast Et Toc SEO, où il reçoit des professionnels du référencement pour parler méthode et parcours.
Nelly Kempf
Nelly Kempf est consultante SEO, GEO et acquisition, installée au Mexique depuis 2019. Elle est venue au référencement après avoir créé puis fermé deux entreprises sur place.
Elle vulgarise le SEO sur LinkedIn et dans sa newsletter La Dépêche du Search. Elle a écrit « Le SEO depuis zéro » et « Devenez incontournable sur le Web ». Elle accompagne des consultants expérimentés avec la méthode Next Gen SEO.
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