Google répond désormais à la place des sites, avec leur propre contenu, et sans toujours les nommer. La question que pose Elliott Bobiet dans ce live est celle qui empêche la plupart des consultants de dormir en ce moment : que reste-t-il à vendre en SEO ?
On a réfléchi à la question pendant 1h30, et on a essayé d’y répondre sans faire semblant que rien ne change, mais sans annoncer la mort du métier pour la troisième fois de l’année non plus.
- Format
- Podcast
- Chez
- Le live d’Elliott Bobiet
- Diffusé le
- 6 août 2026
- Durée
- 1 heure 31
- Langue
- Français
- Lecture
- 9 min
L’essentiel en 5 points
- Le contenu informationnel qui attire des visiteurs très loin de l’achat a perdu sa valeur : une IA résume ce type d’information en quelques secondes.
- Les indicateurs changent avant les stratégies. Une page peut accumuler les impressions sans le moindre clic, ce qui oblige à revoir les objectifs fixés en interne.
- Le SEO devient un métier transverse, qui parle au marketing, au social et aux ventes, alors qu’il vivait surtout à côté de l’équipe technique.
- Un moteur de recherche n’est plus seulement Google. Amazon, YouTube, TikTok ou Booking en sont aussi, avec chacun leurs règles.
- Aucun raccourci ne tient face aux réponses génératives. Ce sont les mentions sur des sites tiers et la cohérence de la marque qui font le travail.
Un client ouvre sa Search Console, voit ses impressions grimper et ses clics s’effondrer, puis appelle son consultant SEO pour comprendre. Depuis l’arrivée des AI Overviews en France le 22 juillet 2026, cette conversation se répète dans à peu près tous les cabinets.
Les AI Overviews sont ces réponses rédigées par l’IA de Google qui s’affichent au-dessus des résultats. Elles utilisent le contenu des sites pour répondre directement, sans que la personne ait besoin de cliquer, et elles citent quelques sources qui ne correspondent pas au top 10 habituel.
Avec Elliott Bobiet, on a donc regardé ce qu’un consultant SEO peut encore vendre dans ce contexte, et ce qui rend une entreprise utile à son client quand la réponse est déjà affichée. On l’a fait en cinq temps, du modèle de contenu qui s’écroule jusqu’à ce qui fait aujourd’hui la valeur d’un consultant.
Le trafic informationnel ne rapporte plus rien en SEO
Pendant des années, la recette magique c’était de produire du contenu très en amont de l’achat pour capter du volume.
L’exemple
Un site qui vend des ballons de basket publie un article sur la taille de Michael Jordan. La page attire du monde, parce que la question se tape beaucoup.
Sauf que la personne qui cherche la taille de Michael Jordan prépare un exposé, joue à un quiz ou vérifie une info dans une conversation. Elle n’achète pas de ballon, ni ce jour-là ni plus tard.
Aujourd’hui, cette réponse s’affiche directement dans le moteur. Le site perd son trafic et découvre qu’il ne lui rapportait rien.
Ça fait 10 ans que Google parle de messy middle. Le terme décrit ce qui se passe entre le moment où quelqu’un se rend compte qu’il a un problème et celui où il achète. Des boucles de recherche et de comparaison qui se répètent, avec des critères qui changent à chaque tour. Le contenu très haut de tunnel n’accompagne qu’un tout petit bout de ce parcours.
Les sites qui tenaient uniquement là-dessus sont ceux qui se cassent la figure aujourd’hui. Leur contenu n’apporte rien de plus que ce qu’une IA résume en quelques secondes, donc la réponse reste dans le moteur. Pour un média qui monétise son audience, la perte est directe. Pour une entreprise qui vend un produit ou une prestation, ça montre surtout que ce trafic ne servait pas à grand-chose.
Changer d’indicateurs SEO, et le faire accepter en interne
Les tableaux de bord du SEO ont été construits autour du trafic, des positions et du taux de clic. Avec les réponses générées, ces chiffres racontent de moins en moins la réalité. Une marque peut être vue partout sans recevoir la moindre visite.
Le sujet n’est pas que technique. Des services marketing entiers sont organisés autour d’objectifs de trafic, avec des primes et des salaires indexés dessus, et des consultants qui ont vendu des promesses de trafic à leurs clients. Changer d’indicateur, ça demande donc un vrai travail de pédagogie auprès des directions.
Je le vois chez mes clients les plus structurés, ceux qui ont déjà des équipes en place : le virage se prend plutôt bien côté opérationnel. Le blocage vient d’au-dessus, quand des budgets sont votés pour du GEO par des dirigeants qui veulent abandonner le SEO du jour au lendemain, sans voir que les deux fonctionnent ensemble.
Les indicateurs qui s’essoufflent
- le nombre de sessions organiques
- la position moyenne sur une liste de mots-clés
- le taux de clic dans les résultats
Ceux qui les remplacent
- le nombre et la qualité des demandes entrantes
- les mentions de la marque là où les décisions se prennent
- la part de citations obtenues dans les réponses génératives
Le SEO devient un métier transverse dans l’entreprise
Historiquement, le référencement s’est construit du côté de l’équipe technique, à optimiser des balises et des temps de chargement, assez loin du marketing. Ça, ça ne marche plus.
Un consultant doit aujourd’hui parler avec l’informatique, mais aussi avec le marketing, le social media, le produit et les commerciaux, parce que la visibilité d’une marque se construit sur tous ces terrains en même temps. Il devient une sorte de chef d’orchestre de la façon dont la marque est perçue en ligne.
La guerre d’attribution entre canaux perd du même coup son sens. Personne ne sait ce qui a déclenché la décision dans la tête d’un prospect, entre une publicité vue sur Instagram, un mail, un appel et une recommandation d’un proche. Les budgets se raisonnent globalement, et on va chercher le prospect là où il se trouve vraiment. Pour vendre des monte-escaliers, ce ne sera ni TikTok ni Snapchat.
Les moteurs de recherche ne se limitent plus à Google
Le S de SEO veut dire Search. E, c’est pour Engine, au sens large. Amazon est un moteur de recherche, YouTube aussi, Booking et TripAdvisor pareil, et depuis quelques années TikTok et Instagram le sont devenus pour une bonne partie des recherches.
Chacun a ses règles, et la question reste toujours la même : comment devenir celui que ce moteur a envie de montrer. Ça ne veut pas dire être présent partout. Sans une équipe marketing de trente personnes, mieux vaut choisir deux ou trois endroits où l’audience se trouve vraiment, et les tenir sérieusement.
Les hacks GEO s’épuisent en quelques jours
Depuis l’arrivée des réponses génératives, toute une série d’astuces circule pour forcer la citation. On voit passer des données structurées bricolées pour déclencher une vignette, des pages écrites uniquement pour répondre à un prompt précis, ou des fichiers llms.txt posés à la racine comme s’ils garantissaient quoi que ce soit.
Ces techniques marchent quelques jours. Dès qu’une combine fonctionne, quelqu’un la repère, la poste sur LinkedIn, et le moteur la bouche à la mise à jour suivante.
Le travail qui résiste demande beaucoup plus de patience. Une marque identifiable, qui raconte la même chose sur tous ses canaux et qu’on retrouve citée ailleurs que chez elle, finit par sortir dans les réponses. Les modèles cherchent des preuves à l’extérieur avant de donner un nom, donc une bonne partie du chantier se passe sur des sites tiers.
Le netlinking, c’est-à-dire le travail des liens entrants, ne disparaît pas pour autant. Il change de forme. L’objectif, ce n’est plus seulement de décrocher un lien qui transmet de la popularité, c’est d’exister sur des supports variés avec un contenu différent à chaque fois, pour que les modèles retrouvent la même info à plusieurs endroits.
La bonne nouvelle, c’est que les cartes sont en train d’être redistribuées. Sur une requête comme « agence GEO » suivie d’un nom de ville, les réponses citent des sociétés dont personne n’avait entendu parler, à côté d’acteurs installés depuis vingt ans. Ne pas avoir été excellent en SEO n’empêche donc pas d’exister en GEO, à condition de s’y mettre pendant que la place est encore libre.
Le consultant SEO sert à arbitrer
Les modèles d’IA se trompent, et ils le font avec beaucoup d’assurance. La mise en forme est impeccable, le raisonnement se tient, mais le résultat est plus faux que les seins de Pamela Anderson.
L’exemple
Un tableau de dépenses en pesos mexicains passé à ChatGPT, sans préciser la devise, ressort analysé en dollars américains. Le rapport entre les deux monnaies étant d’environ un à vingt, l’analyse est fausse du début à la fin, alors qu’elle est parfaitement présentée.
La leçon vaut pour tous les usages professionnels de l’IA : le modèle ne signale jamais qu’il a comblé un trou dans le contexte, donc la vérification reste à la charge de celui qui pose la question.
La valeur du consultant se déplace donc. Récolter l’information, des agents le font très bien tout seuls. Ce qui reste, c’est savoir reconnaître un bon résultat d’un mauvais, recadrer le modèle et décider quoi faire ensuite. Les clients, eux, sont perdus au milieu de discours contradictoires et cherchent surtout quelqu’un capable de trancher.
Ce qu’on retient de cet échange sur l’avenir du SEO
Un consultant SEO garde de la valeur en 2026 à 3 conditions :
- arrêter de produire du contenu informationnel très en amont de l’achat, que les AI Overviews résument mieux et plus vite
- mesurer les demandes entrantes et les citations obtenues dans les réponses génératives, plutôt que le volume de trafic
- construire une marque qu’on retrouve mentionnée sur des sites tiers, puisque c’est là que les modèles vont chercher leurs preuves
Les hacks GEO qui circulent en ce moment, du llms.txt aux pages écrites pour un prompt précis, disparaissent à la mise à jour suivante.
Les citations à retenir
« Le nouveau métier du SEO, c’est de venir parler avec tout le monde : l’IT, le marketing, le social media, le produit, les ventes. »Nelly Kempf, Le live d’Elliott Bobiet
« On devient un peu le chef d’orchestre de la façon dont la marque est perçue sur internet. »Nelly Kempf, Le live d’Elliott Bobiet
« SEO, ce n’est pas Search Google Optimization. C’est engine, et des engines, il y en a plein. »Elliott Bobiet
« Le consultant n’est pas mort. Les clients ont besoin de nous, ils sont juste paumés. »Elliott Bobiet
L’hôte et l’invitée
Elliott Bobiet
Consultant SEO depuis 2008, Elliott Bobiet a cofondé le SEO Summit en 2017 avec Mikaël Priol et Alexandre Machado, devenu le plus gros rendez-vous français du référencement naturel.
Il anime le média L’Écosystème SEO, avec une newsletter, un podcast et des lives hebdomadaires où il reçoit des professionnels du search, et il est engagé auprès de l’association SEO CAMP.
Nelly Kempf
Consultante SEO, GEO et acquisition, autrice et conférencière, je vulgarise le SEO et je le relie au marketing et au branding, sur scène (Parc des Princes, Disneyland Paris, Grand Rex) comme dans mes livres.
J’ai créé Next Gen SEO, la méthode en 6 mois pour devenir visible dans Google et les IA grâce à une marque forte.