Rejoindre la caravane

BizCare : sept experts SEO débattent de Google, de l’IA et du métier

Sept SEO autour d’une table, une mise à jour Google vieille de deux jours, et l’annonce d’un moteur génératif qui devait tout emporter. Bilkher Diakhaté a appelé ça l’All Star Game du SEO.

Quatre sujets, aucune langue de bois, et des désaccords assumés entre nous. J’y ai défendu deux positions : la qualité du conseil SEO ne se juge pas dans l’absolu mais selon la personne à qui on parle, et un SEO qui reste enfermé dans son métier a déjà perdu.

En un coup d’œil
Format
Podcast à sept
Chez
BizCare
Diffusé le
27 mars 2024
Durée
1 heure 54
Langue
Français
Lecture
8 min

L’essentiel en 5 points

  • Les techniques qui visent à contourner l’algorithme, pensées pour la machine et pas pour l’humain, se font rattraper à chaque mise à jour.
  • Un moteur génératif remet en jeu le classement : les sources citées sont souvent des pages qui n’étaient pas dans le top 10.
  • Le niveau d’exigence monte. Mieux vaut produire moins de contenus, mais plus fouillés, avec une expertise et un avis que l’IA ne sait pas fabriquer.
  • Faire tourner une activité avec du SEO seul est perdu d’avance. Quand des vidéos se positionnent en premier, il faut faire du SEO sur YouTube.
  • Un conseil SEO n’est ni bon ni mauvais dans l’absolu : il dépend de la personne à qui il s’adresse et de son niveau de départ.

Une mise à jour Google ne change jamais le fond du métier

L’épisode se tourne deux jours après la double mise à jour de mars 2024, à la fois core update et spam update. Elliott Bobiet a ouvert en démontant l’affolement habituel : les domaines expirés remontés hors de leur thématique ne fonctionnent plus, ce qui était déjà vrai depuis des mois, et le reste tient de la communication.

Ma lecture rejoint la sienne. Google essaie toujours de mettre en avant le contenu qualitatif et de décourager ceux qui bricolent pour bluffer l’algorithme. Toutes les techniques qui visent uniquement à contourner l’algorithme, pensées pour la machine et pas pour les humains, seront de plus en plus pénalisées.

Ce n’est pas une si mauvaise chose. On veut un Internet de qualité, et on va arrêter avec les torchons.

Nicolas Audemar a détaillé les trois points réellement annoncés : la génération de contenu en masse, les domaines expirés, et l’abus d’autorité de gros sites qui louent un sous-domaine ou un répertoire pour couvrir des sujets sans rapport avec leur métier. Sa conclusion : ce qui se fait pénaliser, c’est l’information fausse, pas l’IA en elle-même.

Un moteur génératif rebat les cartes du classement

À l’époque, la Search Generative Experience tournait aux États-Unis et personne ne savait si elle traverserait l’Atlantique. Ma position était réservée : la France adopte lentement les nouvelles technologies, la recherche vocale n’a jamais vraiment pris, Bard non plus, et sur ordinateur il fallait activer la fonction soi-même.

Ce qui m’intéressait davantage, c’était l’effet sur le classement. En regardant les liens mis en avant dans ces réponses générées, on voyait des sources qui n’étaient pas dans le top 10, et souvent plusieurs liens du même domaine. Des sites laissés pour compte en page 2 pouvaient revenir dans le jeu.

Ce n’était donc pas forcément une mauvaise nouvelle. L’affichage change, mais il y a toujours des liens, simplement différents. Et un moteur ne prend pas le risque d’afficher directement des sources moyennes, non validées et non sourcées : si le contenu est solide, il y a de bonnes chances qu’il aille le chercher.

Ce que la suite a donné

Les paris de la table allaient de « 2024 » à « jamais », le mien était 2025 avec des modifications. La fonctionnalité a effectivement changé de nom et de forme avant d’arriver en France, sous celui d’AI Overviews.

Le mécanisme décrit ce jour-là, lui, s’est confirmé : les moteurs génératifs citent largement en dehors des premières positions, ce qui déplace le travail du classement vers la citation.

Le niveau d’exigence monte, donc il faut produire moins mais mieux

La question suivante portait sur la production de contenu. Ça fait un moment que Google répète la même chose : de la qualité, des contenus personnels, des études de cas, et pas une compilation de ce qui existe déjà.

Une encyclopédie qui rappelle la date de naissance d’Emmanuel Macron n’intéresse personne. Ce qu’il faut, c’est un point de vue supplémentaire, quelque chose de plus pertinent que la moyenne des pages sur le sujet.

En faire un peu moins, mais des contenus beaucoup plus fouillés, qui apportent une expertise et un avis personnel. C’est là-dessus que la qualité se démarque, parce que c’est ce que l’IA ne sait pas produire.

Thomas Meyer décrivait la même mécanique côté production, en croisant les modèles selon leurs forces plutôt qu’en déléguant l’écriture d’un bout à l’autre. Sa formule : l’IA est un stagiaire, pas un remplaçant. Il faut la corriger, la nourrir en données, et repasser derrière.

Un SEO qui reste enfermé dans son métier a déjà perdu

Interrogée sur les compétences à développer, j’ai donné la réponse la plus large possible. Voir le SEO comme une entité fermée et faire tourner une activité uniquement avec ça, c’est perdu d’avance.

Ça se lit directement dans les pages de résultats. Quand des vidéos se positionnent en premier sur certains mots-clés, ça veut dire qu’il faut faire du SEO sur YouTube et se mettre à la vidéo, pas continuer à écrire des articles de blog parce que c’est comme ça qu’on nous a appris le métier. Les réseaux sociaux pèsent de plus en plus.

Le SEO doit parler avec tous les autres métiers, et s’intégrer dans un process général de visibilité de la marque.

Toute la table a convergé, avec des mots différents. Dimitri Ageon parlait d’ouverture d’esprit, ceux qui durent étant ceux qui acceptent de se remettre en question. Nicolas Audemar remontait au persona, à l’heure où il se lève et à ce qu’il écoute en voiture, pour choisir le format et le moment. Elliott Bobiet rappelait que se positionner sur TikTok ou dans Google Maps demande souvent moins d’efforts que d’attaquer la page de résultats de front.

Un conseil SEO se juge à la personne à qui il s’adresse

Dernier sujet, et le plus disputé : est-ce qu’on peut apprendre le SEO avec ce qui circule sur LinkedIn ?

Ma réponse tient en une distinction. Je donne des conseils sur LinkedIn, mais pas pour des gens qui veulent devenir consultants. Je m’adresse à des personnes qui ont une petite structure, plutôt loin du digital, à qui on parle d’un H1 sans qu’elles sachent de quoi il s’agit. Vulgariser pour elles n’a rien à voir avec ce qui se passe dans les communautés d’entre-soi où les conseils sont techniques.

Aller se former sérieusement au SEO sur LinkedIn n’a pas plus de sens que de le faire sur Instagram. En revanche, c’est un excellent canal pour amener quelqu’un à comprendre que le SEO existe et que ça peut régler ses problèmes de visibilité.

Il y a plein de choses à apprendre à ceux qui ne connaissent rien et qui veulent passer de 0 à 0,5.

Elliott Bobiet visait autre chose, et je le rejoins : le problème n’est pas la simplification, c’est la facilité avec laquelle on présente les choses. Faire croire qu’une étude de mots-clés se règle en deux minutes, ou qu’on rank en écrivant un contenu optimisé sans effort, rend débile un sujet qui ne l’est pas. Thomas Meyer a posé la limite : un bon formateur transmet simplement, sans utiliser cette simplicité pour la portée ou les vues, au risque d’envoyer les gens dans le mur.

Deux générations de SEO qui n’ont pas les mêmes références

La conversation s’est terminée sur un constat que je partage. Elliott et moi ne sommes pas de la même génération de consultants, et ça ne nous empêche ni de discuter, ni de nous retrouver sur beaucoup de choses.

Sur un point, en revanche, je ne transige pas : quelqu’un qui ne connaît aucun des noms qui ont construit ce métier et se vend comme expert SEO s’est formé quelque part, et probablement sur un réseau social.

Il racontait justement l’histoire d’un consultant croisé sur LinkedIn, qui ne connaissait aucun des piliers du métier français mais citait des influenceurs comme référence. Pas plus bête qu’un autre : il n’avait simplement jamais eu accès aux autres sources.

Je sais très bien que je suis un bébé à côté de vous tous. Ça ne m’empêche pas de penser que j’ai des choses à apporter à un certain public, juste pas les mêmes et pas de la même façon.

Elliott en a tiré la conclusion la plus utile de l’épisode : il ne serait pas bon face à un vrai débutant, parce qu’il partirait trop haut et trop vite. Chacun sa place, chacun son niveau de départ.

Les citations à retenir

« Toutes les techniques qui visent à contourner l’algo, qui ne sont pas pour les humains, vont de plus en plus être pénalisées. Et finalement, ce n’est pas une si mauvaise chose. »Nelly Kempf, BizCare
« Voir le SEO comme une entité fermée et essayer de faire fonctionner une boîte juste avec du SEO, c’est complètement perdu d’avance. »Nelly Kempf, BizCare
« Le SEO doit parler avec tous les autres métiers et s’intégrer dans un process général de visibilité de la marque. »Nelly Kempf, BizCare
« Il y a plein de choses à apprendre à ceux qui ne connaissent rien et qui veulent passer de 0 à 0,5. »Nelly Kempf, BizCare
« L’IA, c’est vraiment un stagiaire, à proprement parler, plus qu’un remplaçant. »Thomas Meyer, BizCare

L’hôte et l’invitée

Bilkher Diakhaté

Bilkher Diakhaté

Consultant SEO, animateur du podcast BizCare

Nelly Kempf

Nelly Kempf

Consultante SEO, GEO et acquisition, fondatrice de Karavan Club. Elle a publié deux livres sur le référencement, écrit la newsletter La Dépêche du Search et transmet la méthode Next Gen SEO aux consultants.

À écouter aussi

Next Gen SEO L’accompagnementLe SEO qui ne s’écroule plus à chaque updateLa méthode SEO réplicable pour construire des stratégies GEO-friendly, sans stresser pour tes recommandations même si les algorithmes changent.Découvrir la méthode →